Rennes

Cette odeur âcre, qui est dedans et dehors, sur ma peau dans mon foie, je ne sais pas.

Arrivé à Rennes, je traverse n’importe comment les ronds points sont à moi.

Les gens arrivent  doux  arrivent ici en voiture, comme à pied,  ils vous entourent, ils s’arrêtent, ils vous saluent.

L’arrogance romaine doublée de celle de Paris forme un sandwich dont les deux tranches s’évanouissent au contact de l’air breton.

D’Aceh va mettre du temps à arriver ici, à priori on va les entendre arriver.

 

Mon tique c’est de revoir les gens, et dès qu’ils apparaissent je leur demande où ils étaient quand les prussiens sont arrivés.

Il fait comme si hier c’était tout de suite.

Il est sur un grand cheval, le cheval c’est ce corps qu’on lui a prêté, et il chevauche sans regrets sans remords les espaces, les temps, les douleurs et les crimes invisibles.

Il s’imagine qu’il glisse d’une ville à l’autre, transparent, qu’il file voir les associations de défense des bâtiments moches à deux doigts d’être détruits, il arrive quand ils sont en pleine réunion.

Vous osiez pas demander du sang neuf, mais vous êtes fatigués de vos luttes ?

Me voici !

Je n’arrive pas à me mêler de mes affaires, alors je pique droit comme un aigle, à la pointe, au garde à vous, et je vais vous régler les vôtres.

 

Je connaissais pas ce type, il n’arrête pas de me parler, je le laisse raconter son histoire, j’espère que c’est pas un rêve, qu’il me raconte, j’espère que c’est du vrai, du vrai aussi dur que les trottoirs en hiver.

 

 

« Rêve du 16 août, après être arrivés de Rome par Nice, après que j’ai oublié d’empaqueter le Leatherman avec le reste en soute, qu’ils me le prennent qu’ils me laissent sortir, qu’ils ne me le jettent pas tout de suite, que je vais voir le Stewart qui a mal au cou au guichet, à cause de son accident d’il y a plusieurs années, mal qui revient, qui ne peut pas le prendre avec lui puisque je reviens en septembre, parce que si la police la sécurité découvre ça dans sa sacoche, découvre son accent plus mon leatherman, ça va chauffer, que mes bagages sont déjà partis dans l’avion, qu’il me conseille d’acheter un sac à toute vitesse, il veut bien l’envoyer en soute, je ne trouve pas le magasin qu’il me dit avec sacs, je rentre dans un boutique d’articles pour enfants  du bord de la mer, je suis prêt à prendre le sac à 80 euros, mais non me dit elle, tiens elle a une tête intéressante, je pense même que je pourrais l’embrasser, c’est pas le moment du tout, elle a de grosses lèvres, elle me conseille  de prendre le sac à neuf euros, oui mais il est transparent, c’est sûr qu’il n’arrivera pas à Rennes sans avoir disparu, les leatherman ils savent ce que c’est les hommes payés avec des miettes sur les pistes brûlantes du lowcost, ok je prends ce sac, la gueule du Stewart quand il voit le sac, pas le temps de lui dire avec reproche que sa boutique on ne la trouve pas, c’est sa bande de supérieurs qui avaient donné l’idée moi j’insistais pour qu’il garde le couteau sur lui, un taxi ami d’ami de taxi d’ami de collègue de Marco passerait bien à Fiumicino aujourd’hui.

Il faut que je distingue ce qui est important pour moi, me lever écrire, le poisson passe de l’envie, du besoin, je le prends, ok, je ne vais pas en sens inverse, repères bien ce qui passe, le courant, la vague, hop, on monte dessus.

La matière verte chewing-gum chimique fraise tagada, j’aurais du ?

L’amberlificotage comme tout ces peureux en chariot, ça aurait changé quelque chose ?

J’y ai pensé, non ?

Non pas tout de suite, mais c’est si incongru, cette italienne qui prend des queues noires, blanches, tout ça à fond, complètement incongru, d’être sur terre, et à Rome hier, à Rennes cette nuit, et en France, dans le pays des attentats qui promet de chauffer, attention le pays tout entier va chauffer.

Sa médecine et ses rues cartésiennes ou rationalistes, on dit quoi ?

Et l’homme qui a inventé les films, vous vous en rendez compte ou vous faites semblant ?

Il est temps en changeant de maison de continuer à changer son vocabulaire, ravalement de façade des plis pris, et plier les pantalons qui traînent l’un sur l’autre, dégager l’espace intérieur et dans la pièce.

Il me l’a pris, l’a balancé en soute par trois intermédiaires, je ne le reverrais jamais.

En fait si, il est apparu à Rennes sur le tapis roulant.

Mais la valise noire, non.

Au bureau des bagages, j’aurais du lui dire la menace, le suicide tant que j'y étais: j'y étais! si elle ne le retrouve pas, j’ai juste « dix, dix ans de travail », tiens je le dis encore, ça, combien de fois, beaucoup, déjà quand j’avais tout perdu dans les montagnes, mobilisé tout le monde, et tout retrouvé…

Mais après j’ai vraiment perdu, hein ?

-Oui, oui, tu as vraiment perdu, mon petit, ta mère et tellement d’autres choses, ne t’inquiètes pas, on es là pour entendre.

Elle inscrit dans la recherche informatique « éléments de travail » dedans.

Dedans la valise.

Qui n’est pas là.

Le leatherman, oui, la valise non.

ça va pas recommencer l’histoire des disques durs !

Je vais rester bloqué là dessus longtemps ?

Et il va falloir le raconter ?

Non, t’es pas obligé.

Et là ils étaient tous dedans ! Tous ! Toutes les sauvegardes faites avec l’aide de trois hommes différents !

Au téléphone avec Air France, la fille avec accent américain, tiens pas marocain, je lui dit deux fois « pas volé », h »ein , pas volé, h ei-hein, pas vo-lé, »

Ne vous inquiétez pas, on va la retracer, vous pouvez aussi la tracer sa route à la valise sur internet.

C’est moi qui ai mal au cou, au réveil, la valise noire, plus le cou du Stewart, c’est à moi, maintenant.

Elisabeth, qui a perdu fils et mari me disait au téléphone ce n’est pas à toi de prendre tout le poids des autres.

Ah bon, mais c’est à qui alors ?

 

-Paris en travaux

Toutes ces rues du centre ville vont être détruites, il va falloir avaler la mort de mon père, et toutes ces rues en plus et avaler sa main disparue, plus tout ce quartier.

Si vous tuez ces rues, vous tuez mon père, une fois de plus c’est dans mon corps que vous fouillez, je ne veux pas un double coup dans la gorge, laissez les choses s’éteindre d’elles même ou je vais tuer quelqu’un !

 

-la valise restée à la douane, ils la renvoient avec rien, le noir au téléphone « tu m’as donné l’occasion de ne pas être un mouton, cette fois ci  mouton monte sur le cheval de ton problème,  putain oui, prenez mes problèmes comme si c’était les vôtres, on fait tous ça et la ronde recommence, ok, on s’était trompé de pas ces dernières années ?

C’est pas grave, on recommence !

La procédure s’appelle lost submarine luggage inquiries.

Attends, il est au téléphone, là, il m’explique tout.

Ils l’auraient gardée en douane, ils ont trouvé que c’était trop hétéroclite, les affaires dedans, trop de choses qui n’ont rien à voir entre elles.

Je comprends, ça, c’est vrai.

Je comprends ?

Oui !

Mais ils les ont prises !

Des chemises avec papiers, des cailloux pour spectacle, des tiges de fer, je lui dit à voix haute « des tiges de fer », ça, ça peut inquiéter, oui.

En fait ça les a intrigué, ok, mais ils ont tout gardé pour eux, c’est ça la version !

Mais je m’en fous de la valise vide avec deux chemises dedans !

C’est tout le reste mon dieu !

En douanes !

Il va pas lâcher, au téléphone, je sens.

Confusion : je cherche à me connecter à internet pour écrire un texte…Mais ya pas BESOIN !

Au téléphone, temps d’attente moins d’une minute, mais ça fait plus, là…

Est-ce mauvais signe pour la valise ?

Angoisse soudaine montante.

Et si je n’avais pas pris des photos de niçois étranges à Nice, est ce qu’elle serait arrivée, cette valise NOIRE ??

Est ce qu’un ange secret travaillant entre Air France, Alitalia, Elihad Air Lines et Hop Air France, un cyber ange mis en place par hasard, faisant des aller-retour dans des tuyaux secrets…

Angoisse Tome II.

Temps d’attente trois minutes : quelqu’un répond…et ça coupe !!!

Si vous êtes membre Flying blue, tapez deux.

Pour une amélioration de nos services, votre appel est susceptible d’être enregistré.

Je ne mettrais plus sur haut parleur, j’ai peur que l’interlocuteur ne m’entende pas, je ne peux plus remettre sur non-haut parleur…on ne peut pas inventer un mot pour dire « non haut parleur…un mot genre « de-voice », en anglais, pour le monde entier Samsung et IPhone, si je dépose le nom, je peux gagner quelque chose.

Deuxième appel, temps d’attente plus de trois minutes.

Musique techno-pop d’amour « all around the world…we love You… »

Est ce qu’ils ne répondent pas parce qu’ils n’ont rien à me dire, qu’elle est perdue-volée, qu’ils n’osent pas le dire…Cette entreprise irréprochable…pour les membres FLying blue ??

Mais je ne suis pas membre, si je le deviens rétroactivement, ils la retrouveront ??

Temps d’attente 07 :06 minutes…

Ils ont repéré d’où j’appelle…qui je suis…ils n’ont rien à me dire…ils ne répondent pas !

Ma bonne vieille paranoïa imagine que la directrice de la Villa Médicis, vexée de pas assez de considérations aurait le bras assez long pour s’arranger avec des contacts précis que mon bagage concernant des disques durs de travail si long lent et chaotique, soit dérobé.

Je me prends pour un type de la CIA avec microfilms.

Non, ce ne sont que de très longs et maladroits poèmes.

…J’allais me mettre à manger, mais une dernière question, s’il vous plaît : est ce que des algorithmes sont déjà en marche avec une armée de pixels au garde à vous pour vérifier que je ne serais jamais membre Flyin’ blue, et que donc il est inscrit sur le dossier informatique  du bagage perdu : à négliger ?

Au téléphone, au sixième appel à nouveau une femme avec accent, hier le dernier coup de fil sans accent, avec homme.

Là, j’essaye de dire des phrases compliquées pour vérifier que ce n’est pas un robot, comme « je voudrais aller maintenant à l’aéroport de Rennes, est ce que c’est la peine ».

-Non, monsieur Denys, ce n’est pas la peine.

Autre chose que par oui ou par non, je veux les entendre dire le plus de phrases possibles qui ne leur sont pas dictées, s’ils pouvaient improviser un poème, ce serait parfait, je serais en grande confiance.

Je vous retrouverais, au creux d’une cheminée,

On sera longtemps ensemble,

Au ralenti,

On allongera les phrases comme de longs ouistitis

Race indélébile aux accents des tropiques…

Ils parlent de « dossier ».

C’est le mot clef.

Je vais accéder à votre dossier, ça y est, j’ai accédé à votre dossier.

Oh comme vous êtes rapide, et votre logiciel aussi, et votre ordinateur, quelle marque utilisez vous ?

Si j’ai un dossier, je suis un pro, à vrai dire, c’est comme si j’étais avec vous dans la boîte, un collègue, un allié, presque un actionnaire.

Mais dites moi, si vos collègues, pris eux aussi dans le tumulte assourdissant du monde, n’ouvrent pas mon dossier, si par hasard tout un tas d’autres choses les en empêchent, ne me dites pas qu’à chaque heure une lumière vient interrompre leurs conversations intérieures par une lumière rouge qui vient leur rappeler des rêves sensuels avortés à Amsterdam en 2000 pour faire signe que mon dossier est en attente !

-Votre bagage n’a toujours pas été localisé.

-S’il vous plaît, je meurs, comment puis je vous aider à le localiser ?

Je m’engage à venir inventer dans toute la démesure de mes moyens un poème chaque jour en l’honneur de tous les actionnaires d’Air France, les plus gros, je sais bien que si vous êtes au téléphone, vous n’avez pas le bras hyper long, mais ne pourriez vous pas accéder à quelqu’un qui a le bras long, ou un collègue souple dont vous seriez tombé amoureux ?

Un fan de Strange, de l’homme élastique ?

 

La courbe de mes rêves utopiques s’allonge de plus en plus vers le haut au fur et à mesure que le niveau cardiaque des employés du monde entier marque, par un discours standard la courbe en dents de scie devenue ligne d’horizon de leur électrocardiogramme plat.

La sensualité est bien cachée quelque part, il faut quinze Jason au garde à vous par pays chaque matin pour aller la repêcher au fond du trou.

Nos deux français sont au cœur du Forte Prenestino, vieux squat romain ouvert en 1986, ancien fort qui servaient aux réserves de munition.

Nos deux hommes sont assis au milieu de la plus grande cour à terre battue jamais égalée dans l’histoire courte des squats européens.

Les aller-venues de jeunes sont sans fin, parmi ces corps, beaucoup de filles, beaucoup de femmes.

Ils attendent qu’une d’elle vienne s’asseoir à côté, pour parler.

Nos deux hommes sont démunis, rien ne vient, ils regardent, ils aimeraient recevoir des caresses, des guilis, en donner aussi, mais le chemin pour cela à l’air d’un chemin qui s’est perdu dans la voix lactée, dissous, plié.

Il y a bien des ondes qui circulent, mais les tuyaux sont bouchés, il faut toujours un prétexte pour se rencontrer.

 

 

 

Dans l’appartement de Jérôme De Laplanche le fou du département histoire de l’art, qu’est ce qu’on fout là, je ne suis pas seul à y dormir, on est plein, ce matin, je ne veux pas que son fils, le pré-adolescent vienne me voir, vite, filez de ma chambre, Adrisanya, je ferme à clef.

Il me fait peur ce gamin.

Je verrouille, le jour se lève, je ne veux pas entendre ses cris, ses cris tordus  qui déchirent le vent de travers, son cri en diagonale, je ne veux pas.

Trop tard, il a entendu les bruits qu’on fait, il se réveille.

J’entends son cri.

Tant pis, ça y est, je suis en face de lui, entre des arbres poussés derrière la vitre, à moitié dans l’appartement, il fait son geste du bras qui fend l’air brutalement il crie « cheveu », et il lance le ballon, je le rattrape, d’accord, je l’affronte et je rattrape ses balles, ça va.

La montagne s’est dégonflée d’un instant à l’autre.

On est sur le sol, entre arbres et appartement.

Je fais maintenant tout ce que j’aurais du faire pendant au moins un an, mais je ne voyais pas.

Aller-retour, simples aller-retour avec l’archet, ça résume tous les aller retour, mondes extérieurs, intérieurs,  ça s’encastre avec eux, les géographiques résumés par ma main, et ça se calme le petit épouse le gros dans le temps.

Je dis l’importance de faire les choses seul, sans regard.

Je dis ça à une fille qui connaît aussi ce que c’est que la contrebasse.

Et sait ce que c’est de travailler seul.

Et à l’inverse, de manière enfantine, dire à des personnes « regardes ça ».

C’est bien aussi, oui ?

Tout cela, on peut se l’autoriser.

-l’autiste qui dit « cheveu » dans l’appart de De Laplanche, j’ai peur de le voir le gamin, je verrouille la porte, vite vite adrisanya partez avant qu’il se réveille, finalement je l’affronte.

-l’archet les allers retours, Lysika qui traîne son œil encore qui n’est pas partie j’explique à une adulte que montrer dire « regardes ça », c’est important aussi, les crins de l’archet

 

Place Sainte-Anne c’est un trou de 26 mètres de profondeur, c’est une palissade fermée en métal, mais trois carrés grillagés ont été laissés pour que le peuple puisse regarder.

Tel que c’est là, c’est un trou de béton rafraîchissant où l’on aimerait interrompre les travaux et décider collectivement ce qui s’y passe.

S’y installer : on remercie l’entreprise Vinci mandatée pour faire ça, on leur donne un petit chèque avec les économies de 10.000 personnes, merci pour la coulure de béton, merci pour les poutres, maintenant c’est nous qui prenons le relais, à bientôt.

Les mecs de Vinci prennent le chèque et nous laissent la place.

Les ouvriers qui travaillaient déjà sur place peuvent rester, on peut aussi dealer une réembauche pour ceux qui veulent continuer si ils ont des savoirs faire qui nous conviennent.

Longue discussion avec le grutier qui veut rester, mais la grue n’est pas à lui.

Est ce qu’on a les moyens de la racheter au sous traitant de Vinci ?

 

Trois ventnamiens du quartier St Martin (ils sont nés au Vietnam, sont arrivés à Amiens en fuyant Bol-Bottes (le dictateur qui égorgeait ceux qui osaient chez eux avoir autre chose que des bols et des bottes), et là, dans la discrétion du grand nord de Paris, on appris à combiner les forces des vents avec de longues voiles qui se renvoient les courants chauds et froids comme des boules de billard.

La famille Cartouche, après la deuxième guerre mondiale, investissant dans les casinos des villes d’eau du nord, Drouville et Theauville.

D’autres, habitant sur grosses rivières comme la Rance, connaissent le cadastre psychique des personnes, leur eaux sous marines, mais n’en font pas toute un plat, conscient, pour certains du danger des postures humaines, très fortes ces dernières années, qui gonflent de manière hypertrophique en temps de longue paix, comme en Europe.

 

Il a remarqué, à force de voyages, que des personnes fragiles peuvent bûler un câble pour un détail : un moment d’angoisse doublé du cri d’un enfant à un moment d’effluve de pollution d’usine à papier, et d’apercevoir sa tête dans un double vitrage qui fait fondre les joues vers le bas, une tête de monstre dépressif… la personne se voit partir dans un tuyau mortifère et ses traumas les plus anciens se combinent d’un coup, et l’AVC intérieur est assez irrigué pour remonter la voix est libre entre le cœur et le cerveau : la personne plonge dans un coma éveillé d’une puissance redoutable.

Il voulait aider ces gens là, persuadé que parmi eux il y aurait un prince caché, pas un messie, mais une personne pouvant utiliser son énergie à décortiquer l’ignoble nœud contemporain dans lequel les hommes s’étaient embarqués.

 

-Dans les espaces publics, les rapports se font par des questions simples et courtes, les questions plus complexes sont éliminées, tout se fait par affichages qui gèrent les déplacements du flot des personnes.

Les voix ne sont qu'intérieures et ne dépassent ni vingt décibels ni là les façades des forteresses privées.

Les voix parlées et hautes dépassant 20 Hertz sont synonymes de danger.

Péribole était envahi de voix qu'ils prêtait aux autres, souvent des voix de jugement: S'il regarde trop cette fille, il croit que telle femme va le deviner, il détourné donc le regard très vite, pas parce que lui le décide, mais à cause d'un jugement imaginaire d'une personne dont il a cru deviner la pensée.

On en veut aux penseurs morts: après leur mort, souvent 50 après années, on leur demande des comptes: on observe les limites, un service après vente né dans l'esprit de consommation des dernières années.

On s'adresse à Freud ou Foucault comme si ils vous avaient vendu une mauvaise machine.

On est frustré qu'ils n'aient pas été encore plus profonds, plus vastes.

C'est normal: les morts sont vastes et ils s'étalent et s'installent dans le cor des vivants: ils ont plusieurs royaumes.

On leur en veut certainement d'avoir autant de maisons alors que les loyers, pour les vivants, augmentent de plus en plus.

Il était sûr de sa théorie du glissement : en cinquante ans, les êtres étaient passés de choses qui leur appartenaient trop à des choses qui ne leurs appartenaient pas.

Son obsession était d'inventer des courbes intérieures de calcul de glissement psychique pour trouver un équilibre entre un paysan fin XIX hanté par le regard des gens du village sur sa propre famille, par les atavismes et les reproductions, et un jeune début XIX dont des images, très loin de lui même, sont projetées en lui, masquant les racines ancestrales d'une fine couche chimique de produit xylophène-plexiglass.

Le jeune était hanté de troubles qui n'étaient pas les siens, et le paysan aussi parce que finalement sa personnalité et ses envies propres étaient coincées au fond d'un trou familial.

Il en concluait donc que ces deux là avaient le même trouble, l'un dans la terre, l'autre dispersé dans l'air, l'outil de guérison par le glissement serait donc une sorte de tuyau, ou d'écorce d'arbre, ou de bambou, tout tube ferait l'affaire mais comment l'utiliser sans tomber dans le trou du mauvais new Age.

 

 

 

Dieu on dit que les laïques, ou païens ou athée, ni croient pas, or tout le monde dit « il n’y a pas de justice quand une personne qu’on aime disparaît en pleine puissance de vie…

 

A table, j’ai une idée subite de jeu : plier l’index, le mettre dans la bouche d’un enfant, lui demander de mordre

Conclusion : on ne peut rire de ses propres Guilin.

(Gui lis du sud de la Chine).

 

Quand je me touche, qui me regarde ?

Si c’est moi, je ne veux pas voir ça.

Si je ferme les yeux, c’est Dieu qui voit.

Si je les ouvre, c’est encore moi.

Si je clignote des paupières, je vois ma main qui accélère.

Si c’est du vent, ce que je fais, alors autant continuer.

Quand je m’essuie, c’est le vernis opaque des jours qui part dans le kleenex,

Une fois le sperme congelé, puis découpé en petites pastilles

Courbées,

De quoi fabriquer des lentilles pour mieux voir

Au prochain Dieu de passage,

Qui surveille au hasard.

Tu m’attends, je ne trouve pas mon monocle.

 

Les hommes, ces hommes là, modernes, résultat d’une construction hasardeuse, ne comprennent pas que l’on ne communique pas comme ça: avec des messages, des écrans, des photos.

Ils font des pieds et des mains, ils étirent tout ce qui est de leur possible pour se rapprocher de leurs âmes, mais ils n’y parviennent pas.

On communique, on perce l’âme derrière les masques qu’avec du noir total, du noir complet, du souffle, du silence, de la nuit.

Quand tout s’éteindra à nouveau, alors là, je te jure qu’on aura commencé à comprendre, à toucher du début des doigts l’âme dans un enfant, qui arrive dans une maison, et ne comprend pas.

 

Cette femme ouvre les cuisse et toute la chair que l’on découvre au retiré le pantalon, c’est dégoulinant friable, aspiré par le sol, on dirait, tout tient, dans son vieux corps, sa figure a encore une forme, mais pas ses jambes avec une toison de poils qu’on découvre aussi : l’homme va la pénétrer.

En fait elle ne s’est pas encore et ne se fera pas pénétrer, cette fois, j’ai été trop lent.

Dans le club le plus branché de la capitale où sont programmés tous ceux que je ne suis pas : Ark, le Dj, par exemple, et d’autres anciennes connaissances qui resurgissent.

Les serveurs à champagne on un rituel : ils apparaissent avec le sceau à champagne, servent, restent quelques instants –mais si le champagne est une des marques des plus chères, ils ne  restent pas même quelques secondes de plus ?

-Non.

…Et ils repartent : ils sont deux, ils viennent de chanter, de faire trois pas de danse avec des chapeaux à pompons couleur des casques entre guerre de 14 et époque romaine, apparus après la commande tombés du ciel brusquement comme dans un livre de Boris Vian,  je suis à la table avec la comtesse la même dont les jambes poilues partaient en poudre et en cellulite extrême et blanchâtre dans la scène d’avant.

C’est encore un retardement avant que je la pénètre.

C’est ça qui est attendu par tous, même ma femme, heureusement mon fils qui se mêle de tout est parti vers un carrefour avec de gros enfants américains.

Tout à l’heure, cette femme, avec son fils et la femme de celui là, dans son appartement, avait pris rendez vous chez un grand médecin du huitième arrondissement pour que sa chatte soit impeccable : cette chatte avec une tête de chat tatouée minutieusement comme un tableau renaissance : aux couleurs pastel, on voit plus la tête de chat que sa chatte, parfaitement rasée, mais c’est une perfection en plus qui l’a fait rester là dans la salle d’attente de ce médecin qui est parfaitement demandé beaucoup de fois par d’autres femmes du quartier.

Au bar ultra-branché, elle boit encore, et bientôt son état retardera encore cette fameuse pénétration qui ne vient décidemment jamais.

Je n’irais pas raconter tout ça sur la place Ste Anne à Rennes, parce que nous sommes ici en territoire timide-chrétien.

Elle attend toujours cette pénétration, mais c’est comme si son inconscient la retardait toujours.

Cette fois, c’est avec son fils et la femme de celui-ci, tous les trois fortement échangistes, dans leur somptueux appartement : je sens qu’ils ont deviné ma combine, mon entraînement à m’adapter à eux comme à toute situation : les masques tombent et ils commencent à ne plus croire à ce que j’ai prétendu être jusqu’ici : un poète profond littéraire hérité de Boris Vian.

Mais c’est elle qui semblait être intéressée par être pénétrée, je n’ai fait que suivre la danse de leur petits jeux, et épouser lentement leurs ondes et intentions !

Ils me présentent Cathy, qu’on annonce comme seule scénographe ou chorégraphe possible dans la pièce qu’ils ont écrite pour que je la mette en scène.

Ça tombe bien, cette Cathy je l’ai rencontrée à Avignon, elle travaillait sur les cinq sens au Brésil, de sa propre initiative.

Je lui parle espagnol et ça fait tiquer la comtesse qui se dit que je leur en fait voir encore une sous-couche pour les impressionner.

De toute façon, la comtesse a une fois de plus beaucoup bu, et rien ne sera possible, et en plus de ça elle a perdu confiance.

C’est bête, en plus ses jambes sont moins effrayantes qu’au début.

On demande cette fois à un homme de nous en dire plus sur le fameux médecin à grosse réputation.

Il ne dira rien, il dit qu’il n’en sait pas plus, mais laisse entendre qu’il a bien des liens avec la mafia ou des pouvoirs supérieurs.

Il serait bien nocif, pas novice, pas naïf, en quelque sorte.

 

Chez l’épicier Vival, j’entends des bruits de street-fighter ou de  combat de Sumo.

C’est des jeux-vidéos, qu’on entend ?

C’est mon frère, il regarde des conneries sur Youtube.

C’est une vidéo d’un mec, il mange des burgers et il fait des bruits tellement il kiffe.

Il va jeter un œil.

Il se marre que son frère se marre.

« Maintenant, il mange des frites, il fait des bruits, il mange des frites on dirait il jouit ».

 

Au commissariat avenue de la « T.A », tour d’auvergne, un couple arrive quand je sors, « c’est là qu’on sonne ? »

-Oui

« On voudrait savoir si on est fichés »

« On a déplacé nos enfants, on a des problèmes psychiatriques

« C’est ici qu’on vient, pour savoir si on est fichés ? »

 

La prochaine fois, il vaut mieux organiser un concert à Caen, pour compléter l’argent qu’on a pas assez gagné.

Je suis dans le bus, et en effleurant le corps d’Adri sur deux points flous, je fais vibrer deux cordes de pianos qui pendent de chaque côté de son épaule.

Avec ça une voix bien placée et je mets tout le monde par terre, besoin de rien d’autre, ça sonne.

Un couple que je connais vaguement au fond du bus entendent et commentent en silence.

Ça lui va bien de dormir là, dans ce recoin de passage, salle de bain abandonnée au milieu de la rue, plutôt comme une pièce dans un passage.

Il dort là trente minutes, ça lui va, sa femme le rejoint, ils ont l’habitude, ils prennent le relais c’est moi qui y était avant, je suis content que ça serve.

Rennes est plutôt au centre de la France, entre Clermont Ferrand et Rennes.

Le gars qui organise me dit que Patrick Sébastien, qui est un fils de la région, a mis des billes dans le coup.

Il est intéressé par les formes aléatoires, underground comme on dit, même si ça ne gagne pas trop d’argent, ça n’est pas grave pour lui.

Il doit être content parce que là, on a perdu des tunes.

 

Scanné fouillé volé

Par les aéroports de la paix

Je me prépare un Avc

Royal

Cigarettes pied d’estale

Brutal  méchant vagal Brutal

Me laisser mourir

Demain soleil nouveau

Cœur timide

Nouvelle peau.

 

Lendemain, détachement, vie ce n’est pas grave, rien n’est grave, mort non plus.

 

 

 

Monsieur Tim s’est trompé, il est parti plus loin dans l’allée, je l’appelle au loin, il fait demi-tour, il revient.

« Vous étiez où avant Rennes

Avant, Brive-la Gaillarde, ici Rennes depuis 6 ans, avant préparateur-livreur, maintenant taxi, acheté licence au début tout content, maintenant beaucoup de concurrence.

Samedi, repos, en général, plutôt journée, le soir pas après 8-9 heures.

 

Olivier adore le titre « tant pis pour ceux qui sont fatigués » du livre de Rancière.

On a des pieds pour la roquette donnée par Laurence.

Parlé de la villa Médicis, livre de Balzac potentiel, ils disent faut écrire ça, sitcom infernale.

Après un tableau général et l’imitation de quatre pensionnaires, ils n’en croient pas leurs oreilles.

Mais qu’est ce que c’était donc que cette étrange année là.

Encore, je n’ai pas raconté l’épisode Scarfo.

Heureusement : comme je parle, je parle, ça va s’arrêter quand ?

2 Cruellas, les italiens qui tiennent la boutique derrière l’illusion française, les névroses amplifiées des pensionnaires perdus comme chat sans moustaches dans lieu clos.

Il part à Groix, l’île, dimanche, après demain, pour présenter un film réunionnais

J’appelle Lacaille, qui m’a chanté la ritournelle possible a chanter pour le mariage.

Il y joue bien dimanche aussi.

Peut être récupérer mon os de baleine ?

Non la fille qui l’a le garde, elle me l’avait dit.

Par contre elle peut trouver un lit, peut-être, pour six.

Juke de Douarnenez écoutant mon Air-France-Trauma me donne un numéro d’un garçon qui bosse pour Air France à Paris, entretemps, Ivan à Venise qui me donne l’option que disques durs dans valise à Nice après attentat peut sembler suspect alors ils la bloquent, alors signaler que j’ai passé un an à Rome et que c’est mon travail de l’année.

Olivier dit : ouais, à Nice, c’est pas bon en ce moment, et s’ils tombent sur une vidéo des disques durs « 2tienne Daesh-week-end à Rome, c’est foutu pour toi !

Sur ce, re-texto de Juke qui cette fois envoie un numéro d’une fille qui travaille pour Air France…à Nice !

Il envoie deux autres numéros plans éventuels pour dormir à l’île de Groix, aussi.

Quand j’appelle Lacaille, tout le temps Odile derrière, quand l’un prend le téléphone, l’autre renchérit derrière.

Olivier parle du narcissisme du suicide, et la méthode Daech en Europe, liée au narcissisme capitalistique.

Main dans la main.

Hier soir à vélo, un type à pied me crie « Fantazio », puis texto une heure après : « c’est Phil, de la tordue.

Ce matin, ils nous amènent à Bricorama.

Les planches agglo, Esther dans le chariot, blagues à gogo, vacances pédophiles sur un bateau, il est mon boy, je dis, et lui promet cabane au fond du jardin avec la chute des planches coupées.

Ses ânes dans la Drôme.

Son fils et les joints.

On rit tendrement du seul type à bouche froncée de la sécurité.

Castorama c’est une petite épicerie arabe sympathique à côté d’Ikéa où j’ai cru mourir à Rome.

Castrorama, cigares à la découpe, tournevis, faucilles, et barbapapas.

Est ce que je fais cette performance à l’aéroport ?

Je demande conseils à Olivier et modus ou bouche cousue operandi.

Avant hier, c’est Gilles, runner à Mythos, qui m’a aidé à aller chez Emmaüs, matelas et sommier pour les enfants, en deux fois coffre ouvert.

Il nous fait un topo sur la Bretagne, deuxième guerre, promesse d’Hitler et collabos.

Puis démocratie chrétienne qui glisse vers sa gauche au fur et à mesure des années.

Le soir les voisins sont passés avec un jeu de carte plancton, hop, Sanya charmé.

6 bières tapenade et merguez, description des émeutes rennaises et nuits debout, à deux reprises, occupation de la salle la Cité.

 

Air France ils s’agitent une centaine autour de ma valise, ils s’appellent et s’excitent, tout ça pour faire avancer ou reculer mon cas.

 

 

David Bowie est passé très vite dans le bar, il s’est mis à jouer pendant qu’on parlait au comptoir, et il ne cherchait pas à ce qu’on le regarde, c’était pour jouer comme ça, et rajouter des couleurs et au vent de la situation.

Il jouait en regardant devant lui, vers la petite fenêtre du bar sombre.

Le bar avait deux entrées différentes.

Il avait des cheveux gris, une mèche qui forme en V inversé au milieu du front.

Quand il a été tard,  à peu près après une très longue seule et même chanson, il a insisté pour rentrer à pied.

On lui a dit que la route était longue, il ne fait pas chaud du tout, et j’ai assez insisté pour qu’il prenne un taxi avec nous, mais il a insisté pour partir à pied.

On l’a laissé partir et le lendemain on a appris qu’il était mort, je crois qu’on a vu passer une civière devant nous.

Nous aurions du plus insister.

 

Le comique s’endort et lui vient avant de sombrer la voix d’un de ses spectateurs :

« mais c’est trop vrai ce qu’il dit là, ça nous arrive à tous ! »

La vanne c’est sur les housses de couettes : les hommes qui essayent de mettre une housse et n’y arrivent pas »

Pas l’idée de parler d’une singularité à lui, ou du climat profond qui règne dans son corps, ou même dans son pays.

Non, ce qui compte, c’est ce qui nous arriverait à tous, tous les jours, c’est ça le tapis volant qui gonfle sous ses pieds, le commun du désarroi face à une housse de couette.

 

Ne me dites pas que c’est là mon corps qui est à moi, encore sous mes yeux, me même qu’il y a tant de situations, la même peau, ce ventre, ces pieds là, tout cela est à moi !

 

Sous les couches de blabla car, je sors au métro Ville-jean, et vais voir trois voitures rouges, m’en approche, je demande, non ce n’est pas moi, mais pourquoi pas, mais là c’est pas moi Aurélie N. ce n’est pas à la Lucie, à l4aurélie, ces voitures rouges.

J’aurais bien aimé que ce soit cette voiture là, avec la fille parfumée

Elle prend deux africaines chargées.

« On est complet »

Et la troisième voiture rouge part.

La voiture poubelle arrive alors que j’ai déjà repéré le festivalier au sac à dos et nez cassé.

« T’es un comique, toi »

Je lui aurais bien cassé la gueule mais pas recommandé par les modérateurs.

Je lui avait montré une gente sur le bord de la route quand on est partis. Elle le chiffon chercher des cigarettes, et nous partir tout court, plutôt s’enfuir, plutôt sain qu’on est eu un problème dès le départ, comme un grand panneau Brandy par un  ange allié de Jimini Cricket.

 

 

Trouver la pharmacie de garde, c’est passer par la police : tout vous le dit : internet et le téléphone.

Arrivée boulevard de la T.A : une seule fille dans le grand commissariat, un reflet sur la vitre me a rend invisible, puis au son d’une voix, je découvre un visage.

Pas de carte.

Des affiches pour téléphoner contre l’enrôlement djihadiste.

S’ils débarquent à plein, ici, elle fait comment ?

« il faudrait signaler à vos supérieurs que c’est bien d’en avoir une »

« Une carte »

« Ils s’en foutent »

Elle finit par me donner son téléphone sous la vitre de protection, avec Gps dessus, en 3 d tout tordu, qui vous donne l’impression de survoler la ville en turbo penchée virage superman, je note sur un papier le nom des rues principales à prendre.

« Et…c’est nouveau de passer par la police pour trouver pharmacie de garde ? »

« C’est parce que les drogués allaient embêter les pharmaciens de garde »

« Donc s’arrangent pour pas se droguer pour venir vous demander l’adresse d’abord »

« Oui, c’est ça, enfin, pffff »

Je vais appeler les tox de Rennes dès que j’ai l’adresse de la pharmacie.

C’est ensuite deux jeunes sous descente d’extasy  en tenue militaire dans une voiture Vigipirate, un qui regarde une carte, mais il laisse tomber, trop mal aux yeux pas assez dormi il prend son téléphone.

Après la nationale, demie tour fixe.

La pharmacienne femme-ancou démocrate timide avec autre femme devant les lotions anti-poux.

« ça ne sert à rien depuis les années 70, il faut mettre de l’huile d’olive et du papier film pour étouffer »

Puis je dis à l’Ancou- Afflelou que ma femme a rage de dents c’est pressé.

Elle attend la réponse de machines qui mâchouillent avant de cracher leur réponse.

C’est la réactualisation de la carte vitale.

Vous n’étiez pas réactualisés ?

« Nous n’étions pas du tout dans cette ville »

CPAM d’Ille et Vilaine, c’est ça qu’il faudra retenir.

Je suis un Rastignac inversé qui vient frimer en province après 44 ans de capitale et je remonte sur mon vélo comme le missionnaire des antibiotiques du dimanche matin chez les chrétiens-timides.

 

L’arrivée dans une ville et l’adresse a tout le monde.

 

Rennes pour un enfant ne se dit pas « ça, ce que je vois rendre dans le groupe, dans l’ensemble qui s’appelle France.

Quelle libération !

 

Sur le parking les gens vont et viennent avec des fagots géants, aussi gros que des tapis persans roulés, une bande de maintien au milieu : c’est des pâtes géantes .

Il y a de moins en moins d’eau et de produits alimentaires, et ceux qui restent sont de plus en plus gros.

On voit comme ça à la caisse des files de personnes avec leurs paquets de pâtes géants, parfois trois rouleaux par personnes…

 

Je passe devant une parcelle d’herbe, en pleine ville, reste de cheveux grillés d’un géant malade d’urbanisme, où en quelques secondes, les êtres qui piquent-niquent disparaissent, ne restent que les serviettes rouges en papier qui s’envolent, déchiquetées.

 

 

Dans un état de chair à vif retournée, je rase les murs du soleil il ne faut pas que l’état électrique qui m’englobe touche les parois ça ferait des décharges trop fortes.

La même décharge que procurait la chair visqueuse de l’araignée qui remplaçait la semelle des baskets dans le rêve d’il y a dix ans.

Faire d’une ville une personne, s’attarder sur son caractère me pèse sur tout le système ses républiques et pré-préfectures, mais tout de suite, ça me va.

Pour Rennes, ça va : parce qu’une ville tient debout avec les déséquilibres côte à côte de ses habitants, les déviances de l’un qui penche trop à gauche sont rattrapées par le déni des déviances d’un autre oiseau qui penche, par la lourdeur de ses oublis, plus de ce côté.

Le monde se tient, comme une pâte qui s’ignore.

 

Je vais me poster à chaque coin de rue, chaque semaine, diagnostiquer un angle d’immeuble , y imaginer devant une scène du passé, du futur, ou des deux à la fois, c’est un rendez vous qui sera attendu par toute la nation.

 

Comme à l’aéroport de Rennes, où je m’installe avec un poème quotidien sur le retard des bagages, ce qui donnera naissance à :

 

-Une aide à mon nouveau producteur

-Une plainte vis à vis du grand patronat

-Un rapprochement entre les corps de métier (les standardistes service litige-bagage pourront après cela rencontrer plus de chanteurs et découvrir des zones érogènes dans d’autres milieux qu’autour du nombril du réseau renfrogné qui les rendent mous.

-Gagner grâce à cela une carte blanche dans un festival (ce qui fera du boulot)

-Affronter les journalistes qui me diront que je fais de la politique pour ma promo.

 

C’est comme à Rome, Rennes.

Une boulangerie qui ouvre à seize heures, un motard tout casqué qui est assis devant une banque, j’ai failli lui donner une pièce.

 

J’étais un enfant, ma femme a fait de moi un homme, ce qui me servira plus tard à devenir pédé : la juste évolution dans la vie d’un homme moderne.

Une fois pédé, je deviendrais femme juste avant de mourir pour pouvoir enfanter dans la vie d’après.

 

La guêpe enterrée par une motte qui part en ligne droit nord diagonale dès qu’après l’étouffement elle fût libérée.

La mouette de St Malo part en face avant que l’île de bon secours en face soit découverte d’eau emportant dans sa gueule le tabac pueblo.

 

Je suis prêt à donner plus de loyer aux propriétaires, parce qu’on voit un gros bout du ciel de dehors.

Le vigile s’est cogné son front sur le mien : au moment de regarder dans le sac, j’ai regardé aussi.

« C’est à moi de regarder, pas à vous », il dit en se frottant le front.

C’est vrai, je savais ce qu’il y avait dedans : des tendeurs.

Pas la peine de les regarder encore…

Mais je veux voir aussi, je veux voir comment il le voit, dedans, être sûr qu’il le voit, alors je regarde aussi.

Il n’y a pas de raison que je n’essaye pas de regarder ce que tu vois.

Enfin là c’est une poubelle noire classique que je suis venu chercher.

Il n’en ont pas !

L’autre vigile, de sortie, veut regarder dans mon sac aussi, et d’un mouvement pour remettre mon sac sur le dos, je fais tomber ma pizza.

J’espère qu’il a vu ça.

Je regarde s’il a vu ?

Non.

 

 

C’est ces vieux pirates de la nuit éternelle qui sont maintenant sur Facebook à pianoter comme des manchots pédés.

Mon père déteste ce mot, il faut dire homo.

Il raconte ces chiliens qui manifestaient contre Pinochet à Paris en 70 et quelques, et qui d’un coup ont dit des slogans anti-pédés, en prenant des homos à partie, en les traîtant de « pédés ».

Ils devaient dire « pédés » avec l’accent chilien. Pèdè, pèdè.

Du coup, ils oubliaient Pinochet.

Si j’étais arrivé là, j’aurais crié  Pinochet pédé.

 

L’état et les institutions culturelles disent et martellent : soyez fous, soyez déjantés, prenez des risques, soyez originaux.

On vous offre des concours et des pistes pour comment vous comporter…

Dans l’ère post-Rimbaud, on donne la matière l’espace et la manière aux artistes d’être artistes.

Moi je me sens fou dans ma cuisine et je ne trouve aucun état pour réguler tout ça.

Et j’imagine toujours Rimbaud en résidence avec à la clef des interventions scolaires où Verlaine débarque bourré pour partir à Bruxelles.

 

Ma petite tristesse à moi,

Ce petit territoire

Forteresse inattaquable

Pied sous la table,

Je m’installe

Elle est infiniment mienne

Personne pour rentrer

La violer

La meurtrir

Elle reste intacte, rythmée par mes soupirs.

Aucune firme, aucun boursicoteur avec ses sales pieds

Ne peut poser dedans aucune semence

Creuse et vivace comme un arbre

Entâchée par rien au monde.

 

Elle est la seule qui ne soit ensevelie

Ni par les peurs ni par les détresses

Des abris bus béton des années 80

Sur les nationales

Nids d’accidents

Nids de torpeur

Nids de pluie

Nid moi nid toi

Ne viennent la déranger.

 

Extatique à Rome, je crois avoir repéré les méthodes chamaniques

Le rapport contrasté d’une intention à l’autre

L’ouverture des sous sols par le son

Ça vient de moi, tout part de moi

Du centre, du noyau

Redistribué vers vous.

Il biondo tevere, le patron dit plus fort, encore plus fort.

Enfin libre à Rome ;

Enfin libre au lit

La queue l’arbre

Gémit entre mes mains

Ô Colisée,

Ô cervelle tropicale

Pose toi ma chérie

Je te recueille

Tout au creux

Je me regarde d’en haut

Je suis le capitaine de

Mes pieds

Mes mains tremblent devant le vaisseau

J’avance droit devant, je descends maintenant de la voiture

Je tends les bras, personne ne m’en empêche.

 

Le mysticisme des personnes rencontrées amoindri pour un mysticisme plus fort, plus à hauteur d’homme.

Le unique Chinois informatique

Les bars : kurdes, bistrot cité ( à Dz ils savent déjà : fraîcheur de se prendre la tête, ou parano ?

Le parlement

Les bils rue victor hugo

La petite Rennes,

Cirque de l’eau.

 

Putain, le cirque de l’eau, place Charles de Gaulle.

Sur le terrain je rôde, je vois un gros polonais qui pousse une fille dans sa caravane.

Des africains qui traînent.

Beaucoup de bulgares aussi.

C’est un cirque monté par qui, on ne peut pas savoir, du rachat de familles, un cirque qui marche à la sous-traitance comme les boîtes, il s’est monté à la va-vite, de l’eau, des africains, une chanteuse de Ragga, des phoques, un bassin, aussi vite que Ouibus, on dirait.

J’ai vu les même affiches à Rome.

 

 

---Bogota

 

----Tokyo

---Paris

 

----Berlin

 

---Turin

 

Oh, que je comprends l’invention des dieux grecs par les grecs, à l’instant.

C’est que la vie des hommes semble avoir été mise en place par de grands Dieux joueurs : des animaux boîteux, fiers comme des lions de se savoir mourants : vus de tout en haut c’est une aventure délicieuse.

Recette de cuisine :

Placez aux milieu d’arbres et de montagnes des animaux étranges conscients, à la différence des bêtes du seul fait qu’ils goûtent à des lumières changeantes un certain temps seulement ; elles s’éteindront un jour, et vous verrez alors, sous vos yeux ébahis, se dérouler une histoire cruelle et délicieuse : voyez les s’agiter, se tromper les uns les autres, se réunir avec délices ou se tuer avec stupeur.

Saupoudrez par endroits de gros sel, laissez rissoler, la chair à vif, pendant 300 ans, déplacez les du côté sud de la poële, près des volcans, ajoutez très peu de piment, attendez qu’à la surface ils deviennent durs et croquants, et plus la chair sera timide et tendre à l’intérieur.

Accompagnez leurs exodes d’un peu de vent, mélangez les à l’aide d’une spatule venteuse et laissez les enfler, construire, se débattre jusqu’à leur laisser croire que la mort n’existe plus.

Maintenant observez bien, après 3000 ans, le plat qu’ils ont préparé.

Ils font eux même recette de leurs recettes  jusqu’à ce que leurs labyrinthes, sous leur chair, soit semblable à celui qu’ils ont eux même construit.

 

Ne me dites pas que les voitures servent de parapluie ???

 

Diable, au delà.

Diable veut dire : ce qui arrive par là.

Tout ce qui arrive et qui surprend, tout ce qui tape sur l’épaule, tout insecte qui se pose,

Toute branche qui frôle.

Tout ce qui n’est pas tes propres doigts.

Tout ce qui intervient quand tu ne le décides pas,

Tout bruit nouveau.

Tu comprends, le diable c’est ça, tout ce qui est extérieur à ton territoire.

C’est la définition exacte de diable.

Je vais creuser ça.

Il faut creuser quelque chose, n’est ce pas, pour s’élever.

Des années que je ne veux plus penser au monde qui entoure, mais s’il resserre, tout autour, ses frontières autour de moi.

 

Ça ils savent se tenir, ces hommes, côte à côte, ils ne se tuent pas tant que ça.

J’ai pensé ouvrir un lieu branché à Rennes avec une fonction très particulière : vous avez un sac trop lourd et souhaiteriez le laisser à mi-chemin entre la gare et la librairie, où vous comptez aller.

Et bien vous le laissez chez moi, consigne du centre ville.

Je vérifie pas ce qu’il y a dans les paquets, j’ai refusé qu’on m’impose le scanneur, le détecteur, tout ça.

Alors, au bout d’un moment, les petites bombes, on me les met en stock aussi, et je deviens complice de mecs qui veulent faire péter des points précis.

Alors je me transforme en agence de conseil : fais plutôt péter ça là, ailleurs que ce que tu t’étais dit.

Ne fais pas de victimes, je t’en prie.

Mais lui il veut à tout prix en faire.

Ecoute je te respecte, mais ne laisses pas ça chez moi, alors.

Petit à petit tout le monde me respecte, j’ai décidé de ne pas agrandir la boîte comme si c’était le succès qui devait me guider.

Tous les jeunes savent maintenant que j’ai pris des paquets dangereux, et ils trouvent ça marrant, ça contraste avec ma gueule, ils aiment bien les reliefs, les trous dans leurs jugements.

On prend tous les paquets, les valises, on dépose, je rends.

Je peux même rendre le paquet à quelqu’un d’autre que vous, c’est vous qui voyez.

Ce qui m’intéresse, c’est fluidifier les mouvements.

Je n’aime pas quand ça bute.

Chaque voiture qui roule ralentit devant chaque piéton.

Ça fait peur au début !

Hein !

Mais c’est pour leur proposer de les déposer, c’est tout, pas la peine d’en faire un plat.

Le danger ne vient pas de là.

Le seul danger, c’est Hiroshima, qu’il se passe comme là, le reste ça ira.

Tout le reste, on le prend on l’avale,

 C’est comme ça.

Tous les 30 ans, il est important de menacer le monde avec de la grosse artillerie, vous vous cachez derrière la porte, et vous poussez un cri quand votre maman arrive, c’est pour être bien sûr qu’elle existe encore.

Les dirigeants commandants des armées font pareils avec leurs milliards de pious-pious administrés.

 

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